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Lieux de culte à Outremont: quel est le problème?

HannukahJ’ai eu l’occasion de m’exprimer publiquement, lors de la consultation publique du 24 mai dernier, au sujet du projet de règlement interdisant les nouveaux lieux de culte sur les deux seules artères commerciales d’Outremont où ils étaient encore autorisés. Limité par le temps, je n’ai cependant pu livrer qu’une toute petite partie du message que j’avais préparé. Je me suis donc restreint à la première partie, plus appropriée au contexte et moins polémique (chat échaudé craint l’eau froide!), mais je tenais à ce que le reste soit connu de nos élus. Je leur ai donc adressé le texte que voici:

Madame la Mairesse,
Mesdames les Conseillères,

Comme vous le savez, nous sommes en 2016. Tous les jours, le monde change un peu plus et je ne crois pas qu’il soit prêt de s’arrêter. Je ne reviendrai pas sur le fond de la question qui nous réunit ce soir, et dont les seules alternatives ont fort bien été présentées, le 1er décembre 2015, ici même, par MM. Jean Larin et Guy Archambault. Les vidéos de leurs deux interventions sont disponibles en ligne, sur Facebook et YouTube. Je parlerai donc de lieux de culte et de revitalisation de nos artères commerciales :

1) En ce qui concerne la rue Laurier, il y aurait pas mal de travail de pédagogie à faire pour me convaincre qu’il y a là, aujourd’hui, un problème. Les commerces de luxe et semi-luxe abondent dans cette rue et ses restaurants ne donnent pas l’impression d’être à l’abandon. Ce n’est pas l’ouverture éventuelle d’une ou deux synagogues qui pourraient les mettre à mal, surtout si vous légifériez de façon intelligente, concertée avec la seule et unique communauté religieuse réellement visée, sur la façon de le faire adéquatement.

2) En ce qui concerne la rue Bernard, l’activité commerciale y semble à peine moins prospère, mais il est tout de même notable que plusieurs commerces sont fermés et que certains d’entre eux semblent moins achalandés que d’autres. À qui la faute? À la présence de la communauté hassidique dans cette rue ou dans le quartier? Allons donc!

Sous l’effet d’une inflation foncière qui ne fait l’affaire que des propriétaires déjà établis sur le marché, il est de notoriété publique que les jeunes familles sont nombreuses à délaisser les centre-villes pour la banlieue. Nous sommes également nombreux à avoir pris l’habitude de fréquenter les grandes surfaces et centres d’achat qui ne pullulent pas dans notre quartier. Voilà qui n’aide pas vraiment le commerce local.

Enfin, Internet et les réseaux sociaux nous fournissent maintenant tous les outils permettant de comparer les prix d’un magasin et d’un quartier à l’autre, voire à acheter nos produits non essentiels en ligne, sur Amazon, sur eBay, et à nous les faire livrer du Canada, des États-Unis, de Chine ou d’ailleurs. Croyez-moi, on ne s’en prive pas.

Bref, si votre intention est réellement de dynamiser le commerce sur ces deux rues, je pense qu’il y a bien d’autres actions plus prioritaires à imaginer. Quelques exemples :

  • Créer des zones de stationnement automobile de moyenne durée abordables, nombreuses et faciles d’accès à proximité des zones commerciales.
  • Accueillir à bras ouverts les auto-partages et les stations de Bixi (même si celles-ci font un peu de bruit au pied des immeubles : il faut choisir entre l’achalandage et la tranquillité absolue).
  • Accroître l’autre mixité de la zone Bernard en travaillant à l’ouverture d’un ou deux nouveaux lieux culturels (cinéma répertoire, café-théâtre, bar-discothèque, petit musée, etc.) qui appuieraient et diversifieraient la mission jusqu’ici dévolue au seul Théâtre Outremont.
  • Créer un mini-festival de musique ou autre dans le Parc St-Viateur afin d’amener de nouveaux publics dans notre quartier et leur en faire découvrir les attraits.
  • Et un dernier, un peu plus fantaisiste : réquisitionner tout un bloc et le confier à un promoteur qui le transformerait en grand centre d’achat « Quartier Outremont » capable de rivaliser avec le futur complexe Quinze40. Voilà qui ferait marcher le commerce!!! 😉

Je n’ai pas la prétention, ceci dit, d’apporter de solution miracle à la question des rues commerciales. Ce que je sais, c’est que la communauté juive hassidique n’est en rien responsable des difficultés que peuvent connaître les commerces de détail de notre arrondissement, de toute évidence partagés par la plupart des rues commerçantes de la ville.

Ce que je sais, c’est que l’identité canadienne-française a survécu à 350 ans de conquête grâce à son très haut taux de natalité. Ce taux a drastiquement chuté au cours des dernières décennies, mais pas dans les communautés hassidiques qui, effectivement, d’ici 20 ou 30 ans, seront très probablement présentes dans notre quartier en plus grand nombre qu’aujourd’hui. Ce n’est pas en brimant leurs moyens d’exercer leurs pratiques religieuses à la fois dans les zones résidentielles et les zones commerciales que vous repousserez cette réalité.

Que cela nous plaise ou non, cette population à l’identité affirmée a besoin de lieux pour vivre, pour prier, pour éduquer ses enfants et pour magasiner. Que cela nous plaise ou non, elle est maintenant fermement implantée dans le quartier et prospère sans trop de difficultés de l’autre côté de la frontière, fort heureusement poreuse, séparant Outremont du Plateau. Je ne crois donc absolument pas qu’elle quittera Outremont sans mener toutes les batailles médiatiques, légales et civiques qu’elle jugera nécessaire pour y conserver ses droits fondamentaux, reconnus par les chartes municipale, nationale, fédérale et internationales.

Aussi étrange que cela puisse paraître, plus vous tenterez de contenir par la force la croissance naturelle de cette population, plus elle recevra de support de l’extérieur. Il ne vous restera plus qu’à choisir entre la déportation pure et simple, en banlieue ou ailleurs, et le ghetto religieux, solution détestable à laquelle vous nous conviez présentement avec votre promesse d’ouvrir, plus tard, une étroite zone aux lieux de culte à l’extrême pointe nord-est de l’arrondissement.

Il est encore temps de choisir une autre voie : celle de la concertation citoyenne réaliste, ouverte, intelligente. Merci.

Zonage des nouveaux lieux de culte à Outremont (2016)

Relisons la Charte montréalaise des droits et responsabilités

Charte montréalaise des droits et responsabilitésConçu dès le départ « par les citoyens et pour les citoyens », la Charte montréalaise des droits et responsabilités est un texte fondamental de la Ville de Montréal qui me semble encore trop méconnu.  En vigueur depuis le 1er janvier 2006, révisée en 2011, elle s’inscrit dans la lignée et en complément de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec (1975) et de la Charte canadienne des droits et libertés. Il est très intéressant de lire attentivement ce texte car il peut aider nos différentes communautés à parler à tout le moins le même langage juridique et social.

Voici quelques exemples d’articles que tous les habitants d’Outremont, sans exception, devraient méditer plus souvent:

ARTICLE 12 | Le cosmopolitisme de Montréal représente une richesse mise en valeur par la promotion de l’inclusion et de relations harmonieuses entre les communautés et les individus de toutes les origines.

ARTICLE 13 | Montréal est une ville de langue française où les services municipaux à l’intention des citoyennes et des citoyens sont, eu égard à la loi, également accessibles en anglais.

ARTICLE 14 | Chaque citoyenne et chaque citoyen de la ville de Montréal a le devoir de ne pas porter atteinte aux droits des autres.

ARTICLE 20 | Aux fins de favoriser la jouissance par les citoyennes et les citoyens de leurs droits culturels, la Ville de Montréal s’engage à (…) soutenir le développement et la diversité des pratiques culturelles;

Article 27 | Les citoyennes et les citoyens jouissent d’un droit à des services municipaux de qualité et participent, avec l’administration municipale, à un effort collectif visant à assurer la jouissance d’un tel droit. Ils y contribuent (…) notamment en prenant part au maintien de la propreté dans la ville.

Bien entendu, il y a beaucoup d’autres articles intéressants et chacun pourra trouver, dans ce document traduit en huit langues, matière à réflexion afin d’améliorer sa propre attitude mentale et ses relations de bon voisinage.