Comment je me suis fait sortir d’une consultation passionnante mais mouvementée!

sukka-rue-hutchisonDe retour de la consultation publique qui avait lieu hier soir au sujet de la règlementation encadrant la période d’installation des soukkas, je me sens un peu obligé de proposer ma lecture de ce que j’y ai entendu, de ce que j’y ai dit… et de laisser malheureusement de côté ce que je n’ai plus entendu parce que l’on m’avait expulsé de la salle. Rassurez-vous, cela m’a surpris mais pas vraiment blessé. 😉

La consultation avait lieu dans une grande salle du Centre communautaire intergénérationnel d’Outremont. Les Juifs hassidiques étaient venus en nombre — une bonne cinquantaine d’hommes et femmes, environ, dont plusieurs de mes voisins, avec qui d’entretiens de cordiales relations. Il y avait aussi un grand nombre (100 à 150) de citoyens non-hassidiques, résidents de l’arrondissement ou de ses environs, dont une assez large majorité en faveur de la tolérance et du règlement « sept jours avant, sept jours après » qui offre aux familles juives une marge de manœuvre qu’elles ne jugent pas idéale mais, à tout le moins, acceptable.

De façon globale, en effet, je pense qu’il faudrait être de très mauvaise foi pour ne pas admettre que le point de vue de l’égalité et de la tolérance a largement dominé le débat, tant en nombre d’interventions qu’à l’applaudimètre. Je pense aussi que les arguments de ce camp étaient moralement plus forts, mais ça, évidemment, c’est un point de vue « esthétique » , donc subjectif, et je ne m’attends pas à ce que tous le partagent.

Nos préjugés, alimentés par nos craintes et par notre insécurité intérieure, conditionnent beaucoup notre façon de recevoir les arguments qui nous déplaisent. Il n’est pas facile d’apprendre à regarder et écouter ce qui se passe autour de soi de façon vraiment objective. Il faut pour cela élargir sa vision en se plaçant dans la peau et les émotions des autres, mais trop peu de gens, malheureusement, se donnent la peine de faire cet exercice.

Une bonne douzaine de personnes, au moins, sont donc intervenues en sens contraire, soutenant la proposition « trois jours avant, trois jours après » de madame Forget. Ces personnes on fait état de la gêne que leur causent les soukkas de leurs voisins, soit parce qu’elles ne sont pas « esthétiques », soit parce qu’elles empiètent sur leur intimité — dans les grands immeubles où les balcons se touchent, notamment — soit parce qu’elles sont trop rudimentaires et présenteraient un risque d’incendie inquiétant.

Une citoyenne: « On paie cher pour vivre à Outremont [… parce que…] On a une qualité de vue. » (sic) Une autre: « Quand il y a juste 3 ou 4 familles, c’est pas pareil. » Ou encore: [Les cabanes,] « C’est simple: je ne veux pas les voir. »

D’autres citoyens se sont empressés d’indiquer que le premier argument est éminemment subjectif et que le dernier exprime une crainte toute aussi rudimentaire que les sukkas, car non étayée sur des faits réels. Une cabane collective géante qui s’effondre à Boisbriand ou un incendie causé par l’électricité, en janvier, dans une salle à manger, cela n’a strictement rien à voir avec les soukkas familiales d’Outremont.

La question de l’intimité dans les grands immeubles mériterait cependant que l’on s’y attarde. Il y a certainement des configurations domiciliaires se prêtant mal à cette fête à partir du moment où les voisins y sont exposés contre leur gré et de façon très directe. Il faudrait pouvoir en discuter calmement, avec la volonté sincère de trouver des solutions plutôt que de la confrontation. Mais le niveau de méfiance est tel, dans certains cas, que cela ne sera pas très facile.

C’est pourtant dans cette voie, je crois, qu’il faut aller afin de modifier les perceptions, puis envisager des solutions et effectuer les ajustements nécessaires. De toute évidence, ce ne sont pas quatre jours de plus ou de moins qui résoudront le problème. En adoptant un règlement perçu comme punitif, on ne ferait qu’augmenter simplement le rayon de ce cercle vicieux: «  Tu me nuis? Alors moi aussi! »

Plusieurs interventions ont été d’un très haut niveau. Je pense notamment à Magda Popeanu, conseillère municipale de Côte-des-Neiges, qui est venue dire à quel point le règlement « sept jours avant, sept jours après » était parfaitement adéquat dans son arrondissement où les soukkas ne posent finalement plus aucun problème. Un rabbin de Notre-Dame-de-Grâce a également livré un très beau témoignage empreint de rigueur morale et de dignité, rappelant les enjeux fondamentaux et même constitutionnels de ce dossier et invitant du même souffle les citoyens d’Outremont à agir avec cœur et compassion afin de s’entendre et d’augmenter le bien-être général.

Quand mon temps de parole est arrivé, tout avait donc été dit. Plutôt que de suivre les feuillets que j’avais préparés mais qui étaient désormais éventés, j’ai déposé une pétition de 442 signatures, réunies en cinq jours par une demi-douzaine d’Amis de la rue Hutchison, tous bien occupés. Cette pétition, qui n’est pas terminée, appuie la proposition initiale de « sept jours avant, sept jours après ». J’ai moi-même contribué un tout petit 45 minutes, dimanche dernier, à recueillir huit de ces signatures. C’est peu, mais cela m’a convaincu que cet accommodement « raisonnable », car réaliste, recueillerait facilement l’appui d’un grand nombre de citoyens ordinaires du quartier. Au final, il serait beaucoup mieux accepté socialement que le « trois jours avant, trois jours après » , jugé discriminatoire et/ou inutilement coercitif par l’ensemble de la population juive et par un grand nombre de non-juifs.

Je me suis donc contenté de reprendre les points tels qu’ils sont présenté dans la version numérique de cette pétition. Au bout de trois à quatre minutes, on m’a demandé de conclure (ça devait être ennuyant!) et j’ai tenté de le faire en expliquant que cet exercice règlementaire représente une opportunité de changer la dynamique et d’instaurer un véritable dialogue entre toutes les communautés concernées.

Derrière moi, quelques personnes excédées se sont mises à maugréer. Alors ma langue a dérapé. Je me suis retourné vers elles en précisant que ce « message d’espoir » s’adressait aussi à « mes concitoyens qui n’aiment pas les Hassidiques ». Là, c’en était trop. Tout le groupe des « trois jours avant, trois jour après » s’est mis à me huer. Un vieux monsieur au premier rang s’est retourné furieux en m’accusant de l’avoir traité d’antisémite, ce qui était tout à fait faux! Qu’à cela ne tienne; ma bulle d’espoir venait d’éclater sur une fin de non-recevoir. Du coup, la mairesse m’a demandé de quitter la salle, ce que j’ai fait avec le sourire parce qu’il vaut mieux, parfois, en rire qu’en pleurer.

 
C.A.

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