Archives mensuelles : octobre 2014

Comment je me suis fait sortir d’une consultation passionnante mais mouvementée!

sukka-rue-hutchisonDe retour de la consultation publique qui avait lieu hier soir au sujet de la règlementation encadrant la période d’installation des soukkas, je me sens un peu obligé de proposer ma lecture de ce que j’y ai entendu, de ce que j’y ai dit… et de laisser malheureusement de côté ce que je n’ai plus entendu parce que l’on m’avait expulsé de la salle. Rassurez-vous, cela m’a surpris mais pas vraiment blessé. 😉

La consultation avait lieu dans une grande salle du Centre communautaire intergénérationnel d’Outremont. Les Juifs hassidiques étaient venus en nombre — une bonne cinquantaine d’hommes et femmes, environ, dont plusieurs de mes voisins, avec qui d’entretiens de cordiales relations. Il y avait aussi un grand nombre (100 à 150) de citoyens non-hassidiques, résidents de l’arrondissement ou de ses environs, dont une assez large majorité en faveur de la tolérance et du règlement « sept jours avant, sept jours après » qui offre aux familles juives une marge de manœuvre qu’elles ne jugent pas idéale mais, à tout le moins, acceptable.

De façon globale, en effet, je pense qu’il faudrait être de très mauvaise foi pour ne pas admettre que le point de vue de l’égalité et de la tolérance a largement dominé le débat, tant en nombre d’interventions qu’à l’applaudimètre. Je pense aussi que les arguments de ce camp étaient moralement plus forts, mais ça, évidemment, c’est un point de vue « esthétique » , donc subjectif, et je ne m’attends pas à ce que tous le partagent.

Nos préjugés, alimentés par nos craintes et par notre insécurité intérieure, conditionnent beaucoup notre façon de recevoir les arguments qui nous déplaisent. Il n’est pas facile d’apprendre à regarder et écouter ce qui se passe autour de soi de façon vraiment objective. Il faut pour cela élargir sa vision en se plaçant dans la peau et les émotions des autres, mais trop peu de gens, malheureusement, se donnent la peine de faire cet exercice.

Une bonne douzaine de personnes, au moins, sont donc intervenues en sens contraire, soutenant la proposition « trois jours avant, trois jours après » de madame Forget. Ces personnes on fait état de la gêne que leur causent les soukkas de leurs voisins, soit parce qu’elles ne sont pas « esthétiques », soit parce qu’elles empiètent sur leur intimité — dans les grands immeubles où les balcons se touchent, notamment — soit parce qu’elles sont trop rudimentaires et présenteraient un risque d’incendie inquiétant.

Une citoyenne: « On paie cher pour vivre à Outremont [… parce que…] On a une qualité de vue. » (sic) Une autre: « Quand il y a juste 3 ou 4 familles, c’est pas pareil. » Ou encore: [Les cabanes,] « C’est simple: je ne veux pas les voir. »

D’autres citoyens se sont empressés d’indiquer que le premier argument est éminemment subjectif et que le dernier exprime une crainte toute aussi rudimentaire que les sukkas, car non étayée sur des faits réels. Une cabane collective géante qui s’effondre à Boisbriand ou un incendie causé par l’électricité, en janvier, dans une salle à manger, cela n’a strictement rien à voir avec les soukkas familiales d’Outremont.

La question de l’intimité dans les grands immeubles mériterait cependant que l’on s’y attarde. Il y a certainement des configurations domiciliaires se prêtant mal à cette fête à partir du moment où les voisins y sont exposés contre leur gré et de façon très directe. Il faudrait pouvoir en discuter calmement, avec la volonté sincère de trouver des solutions plutôt que de la confrontation. Mais le niveau de méfiance est tel, dans certains cas, que cela ne sera pas très facile.

C’est pourtant dans cette voie, je crois, qu’il faut aller afin de modifier les perceptions, puis envisager des solutions et effectuer les ajustements nécessaires. De toute évidence, ce ne sont pas quatre jours de plus ou de moins qui résoudront le problème. En adoptant un règlement perçu comme punitif, on ne ferait qu’augmenter simplement le rayon de ce cercle vicieux: «  Tu me nuis? Alors moi aussi! »

Plusieurs interventions ont été d’un très haut niveau. Je pense notamment à Magda Popeanu, conseillère municipale de Côte-des-Neiges, qui est venue dire à quel point le règlement « sept jours avant, sept jours après » était parfaitement adéquat dans son arrondissement où les soukkas ne posent finalement plus aucun problème. Un rabbin de Notre-Dame-de-Grâce a également livré un très beau témoignage empreint de rigueur morale et de dignité, rappelant les enjeux fondamentaux et même constitutionnels de ce dossier et invitant du même souffle les citoyens d’Outremont à agir avec cœur et compassion afin de s’entendre et d’augmenter le bien-être général.

Quand mon temps de parole est arrivé, tout avait donc été dit. Plutôt que de suivre les feuillets que j’avais préparés mais qui étaient désormais éventés, j’ai déposé une pétition de 442 signatures, réunies en cinq jours par une demi-douzaine d’Amis de la rue Hutchison, tous bien occupés. Cette pétition, qui n’est pas terminée, appuie la proposition initiale de « sept jours avant, sept jours après ». J’ai moi-même contribué un tout petit 45 minutes, dimanche dernier, à recueillir huit de ces signatures. C’est peu, mais cela m’a convaincu que cet accommodement « raisonnable », car réaliste, recueillerait facilement l’appui d’un grand nombre de citoyens ordinaires du quartier. Au final, il serait beaucoup mieux accepté socialement que le « trois jours avant, trois jours après » , jugé discriminatoire et/ou inutilement coercitif par l’ensemble de la population juive et par un grand nombre de non-juifs.

Je me suis donc contenté de reprendre les points tels qu’ils sont présenté dans la version numérique de cette pétition. Au bout de trois à quatre minutes, on m’a demandé de conclure (ça devait être ennuyant!) et j’ai tenté de le faire en expliquant que cet exercice règlementaire représente une opportunité de changer la dynamique et d’instaurer un véritable dialogue entre toutes les communautés concernées.

Derrière moi, quelques personnes excédées se sont mises à maugréer. Alors ma langue a dérapé. Je me suis retourné vers elles en précisant que ce « message d’espoir » s’adressait aussi à « mes concitoyens qui n’aiment pas les Hassidiques ». Là, c’en était trop. Tout le groupe des « trois jours avant, trois jour après » s’est mis à me huer. Un vieux monsieur au premier rang s’est retourné furieux en m’accusant de l’avoir traité d’antisémite, ce qui était tout à fait faux! Qu’à cela ne tienne; ma bulle d’espoir venait d’éclater sur une fin de non-recevoir. Du coup, la mairesse m’a demandé de quitter la salle, ce que j’ai fait avec le sourire parce qu’il vaut mieux, parfois, en rire qu’en pleurer.

 
C.A.

Consultation publique: la liberté et la paix sociale ont besoin de vous

Événement FacebookUne importante consultation publique va avoir lieu à Outremont le 29 octobre. Il s’agit de réviser le règlement limitant le droit des familles de confession juive, toutes communautés confondues, à installer des cabanes provisoires pendant la fête de Souccot sur leurs propres balcons et dans leurs propres cours (voir le billet précédent).

Quelques Amis de la rue Hutchison, un groupe interculturel informel dont je fais partie depuis environ un an, se sont réunis mardi soir sur la rue Hutchison et j’ai participé à cette conversation.

Voici le résumé que je peux en faire (mais qui n’engage pour l’instant que moi):

  • Nous acceptons le fait que l’arrondissement d’Outremont encadre cette pratique au niveau municipal, notamment pour éviter d’éventuelles nuisances ou tenir comptes de questions de sécurité.
  • Mais nous ne comprenons pas que le Conseil envisage de réformer le règlement actuel, qui laissait au moins à chaque famille une marge de manœuvre dans sa façon de l’appliquer, pour imposer une période d’installation des cabanes d’une durée fixée dans le temps de 15 jours, sans aucune marge de manœuvre.
  • Cela rendrait les choses très difficiles, voire impossibles pour beaucoup de gens. En d’autres termes, un tel règlement serait beaucoup trop coercitif et entraînerait fatalement un haut taux de « délinquance ». Les communautés concernées, appuyés par des groupes de citoyens modérés du quartier, se verraient en droit de le contester de toutes leurs forces.
  • Nous croyons que le Conseil devrait plutôt se rallier au texte initialement proposé par leurs propres fonctionnaires, qui limitait cette période à 24 jours (7 jours avant et 7 jours après les fêtes), comme c’est le cas dans la zone limitrophe de Côte-Des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce.
  • Nous rappelons qu’à l’Est, sur le Plateau Mont-Royal, les familles juives peuvent disposer de leur soukkas sans limite de temps, tout comme les québécois ordinaires disposent de leurs drapeaux québécois, de leurs citrouilles d’Halloween, de leurs crèches et autres décorations extérieures de Noël. Nous n’exigeons pas qu’Outremont devienne du jour au lendemain aussi progressiste, même si cela nous semblerait adéquat, mais nous demandons à tout le moins une approche similaire à celle de CDN/NDG. Elle a fait ses preuves et nous sommes prêts à collaborer à la rendre acceptable auprès de toutes les communautés concernées.

Nous appelons donc les résidents de l’arrondissement d’0utremont et d’une zone contiguë à l’arrondissement d’Outremont dans les arrondissements de Côte-Des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, de Villeray-St-Michel-Parc-Extension, du Plateau-Mont-Royal, de Rosemont-La Petite-Patrie et de Ville-Marie à faire un effort, mercredi prochain. Nous leur demandons de participer à la consultation, d’entendre les arguments des uns et des autres et de nous appuyer si notre cause leur semble juste.

Nous ne voulons surtout pas d’une nouvelle bataille intercommunautaire déchirant les concitoyens d’Outremont. Ce que nous voulons, au contraire, c’est travailler tous ensemble, dans le respect de tous et dans l’intérêt du bien commun, afin que cette bataille n’ait pas lieu. Pour cela, mercredi prochain, nous avons besoin de vous. Merci!

C.A.

Consultation publique à Outremont: paix ou intolérance?

A sukka at the U.S. Embassy in Tel AvivAvec sa verve habile et populiste habituelle, le souriant Pierre Lacerte, appelle les lecteurs de ses blogues (dont celui-ci) à se mobiliser en vue de la consultation publique du 29 octobre qui doit modifier le règlement de zonage concernant l’installation provisoire des soukkas. Ces cabanes éphémères à caractère religieux sont érigées chaque années dans le quartier pendant la fête de Soukkot. J’ai pris l’initiative de soumettre le commentaire qui suit et j’appelle tous les outremontois(es) et montréalais opposés à la posture intolérante de M. Lacerte d’y aller de leurs propres commentaires.


Monsieur Lacerte (c’est quand même moins méprisant que « Pollack »!), tu es un très bon rédacteur, certes, mais surtout un incorrigible sophiste qui met son talent au service d’une cause des plus douteuses.

  1. Tu ne montres ici que des photos de soukkas soigneusement choisies. Tu n’as pas photographié celle de mon voisin ni bien d’autres jolis assemblages du quartier, ni celles que l’on trouve à Jérusalem ou Paris.
  2. Personne (pas même Mindy Pollack!) ne t’en voudrait de proposer des règlements raisonnables écartant les risques pour la collectivité ou la dégradation de l’environnement. Mais le seul incident que tu aies trouvé pour stigmatiser l’horrible danger créé par les soukkas, c’est un incendie qui s’est produit en face de chez moi, en janvier dernier, provoqué par (?) une chandelle à l’intérieur de la maison. Ceci écrit au conditionnel (pratiques-tu le journalisme-trottoir ou de caniveau?) et n’ayant rien à voir, bien sûr, avec la fête de Soukkot.

Il me semble qu’un travail fondé sur la raison plutôt que sur la haine t’aurait amené à parler de cet autre incendie qui a eu lieu à Montréal l’an dernier: « Les arbres naturels, il faut les tenir bien imbibés » afin d’éviter ce genre de catastrophe, affirmait le chef des pompiers. Vaudrait-il mieux opter pour des sapins (je te cite) « de style-lego faits en plastique, plus légers, plus faciles à assembler, imputrescibles, donc réutilisables ad vitam aeternam »? Pas un athée, pas un chrétien, de nos jours, n’acheterait quelque chose d’aussi affreux, n’est-ce pas? 🙂

Toi seul, donc, sait ce qui est beau ou laid. Pas facile à suivre, madame Pollack? Tes raisonnements ethnocentriques, intolérants et populistes sont, c’est vrai, beaucoup plus faciles à décrypter.

J’aurais pourtant aimé que tu t’intéresses à la question posée par ma conjointe lors du dernier conseil d’arrondissement (elle demandait où se situe le préjudice, quel est le tort réel causé par les soukkas) ou que tu rappelles, comme je l’ai fait, qu’il n’y a aucun règlement, à ce sujet, dans l’arrondissement du Plateau Mont-Royal et qu’à Notre-Dame-de-Grâces-Côtes-des-Neiges, les soukkas sont acceptées jusqu’à 7 jours avant et après la fête (source: PDF), soit pendant 24 jours, comme le propose madame Pollack.

Rappelons le contexte de cette consultation. Mindy Pollack ne s’est pas « montrée très revendicatrice en déposant un avis de motion », elle l’a fait pour régler le problème posé à l’administration municipale par l’impossibilité de faire appliquer l’ancien règlement (« 15 jours », mais sans dates précises). Elle a donc déposé une motion de bon sens, reprenant l’usage de Côtes-des-neiges plutôt que celui du Plateau, et en s’assurant qu’il était acceptable pour la communauté concernée. Ce qui apparaît nettement dans les témoignages entendus ce soir-là.

L’adoption de cette motion, je crois, aurait garanti un large consensus et nous aurait épargné une nouvelle escarmouche. Par contraste, la prémisse « réglementariste » proposée par madame Forget et adoptée (« 3 jours avant, 3 jours après » = on ne lâche rien!) apparaît à mes yeux extrêmement mesquine. C’est une nouvelle gifle qu’elle assène à la communauté hassidique, peut-être dans l’espoir de la voir disparaître sous les trottoirs ou déménager vers d’autres cieux.

Tu peux compter sur moi et, j’espère, sur d’autres résidents non hassidiques de l’arrondissement pour dénoncer cette nouvelle poussée d’intolérance qui n’ose pas dire son nom. Si jamais elle l’emporte le 29 octobre prochain, ce qui est bien possible, il faudra se faire à l’idée qu’Outremont est l’arrondissement le plus intolérant de la Ville. Est-ce cela que tu souhaites, M. Lacerte, et ce pour quoi tu vas encore venir sonner à nos portes lors des prochaines élections?